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Coronavirus : les sous-mariniers, rois du confinement, encouragent les Français,

Actualité générale de l'Alliance Navale

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23/03/2020

Eux ont passé jusqu’à soixante-douze jours coupés du monde, à 200 mètres sous la surface de l’eau. Leurs témoignages, que « Le Monde » a recueillis, mêlent traits d’humour et appel à la discipline.

Par Nathalie Guibert Publié. 

C’est Chris, confiné comme tous les Français, qui ouvre le feu : « Vu la conjoncture, c’est le moment de faire un “Vis ma vie de sous-marinier” pour toute la population volontaire. Voici comment faire. » Avant de lire ses conseils, mis en ligne sur un groupe fermé de Facebook ces jours-ci, il faut préciser que Chris est un ancien sous-marinier : un de ces hommes qui a sacrifié sa jeunesse pour servir la France dans une boîte de métal à 200 mètres de profondeur sous la mer, enfermé, coupé du monde pour de longs mois chaque année, serré parmi un équipage de 60 ou 100 marins selon les navires – sous-marins d’attaque (SNA) ou lanceurs d’engins (SNLE). Des professionnels du confinement, en somme, pour qui l’odeur du printemps a disparu tandis que la nuit se matérialise par une lumière rouge à bord. 

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Un mois sous les mers : dans la famille des sous-mariniers 

Aujourd’hui, le coronavirus les inspire. Ils se moquent gentiment des péquins qui découvrent le confinement, les appelant à prendre leur mal en patience. « Trente jours bloqué chez soi, avec la possibilité de voir le soleil par la fenêtre, d’entendre les oiseaux, de sortir faire trois courses, de rester scotché sur MyCanal, Netflix, BFM ou LCI, et papoter des heures avec pépé, mémé, maman, Ginette ou Albert… A PIECE OF CAKE !!! [c’est de la tarte] », écrit ainsi Denis sur Facebook. 

Car, rappelle cet ancien des SNLE, « il fut un temps où c’était soixante-douze jours enfermé, sans voir le jour, le ciel, le soleil, les oiseaux. Quand on marchait plus de 100 mètres, on était content. Un film par jour, pas de radio, pas de TV, encore moins de portable ou de vidéo pour la conversation. Sois sous-marinier et tu comprendras ! ». Un professionnel des SNA, Marc, relativise les contraintes actuelles : « Il fait bon être à 200 mètres sous l’eau par forte mer ! Et au final, c’est toujours sorti de la boîte qu’on est embêté. » 

« Monte une équipe de quart » 

Dans son post, Chris fournit donc, avec humour, une transposition de cette vie militaire dans le confinement civil. 

« – Brûle tes attestations de déplacement dérogatoire, elles ne te serviront à rien quelle que soit ton excuse, 

– Remplace tous les lits de la maison par des couchettes SNCF avec un rideau que vous partagerez à tour de rôle, 

– De temps en temps, et à n’importe quelle heure sans raison précise, hurle « INCENDIE » et le nom de la pièce où tu te trouves. Chronomètre le temps que mettent les personnes à arriver équipées en pompier l’extincteur à la main, 

– Donne la machine à laver, le sèche-linge ou les canalisations à démonter et remonter aux plus bricoleurs d’entre vous, 

– Monte une équipe de quart pour surveiller l’écran de télé, réglé sans chaîne, avec un casque 24/24 au cas où il se passe quelque chose »… – à la façon de l’oreille d’or guettant l’ennemi au sonar dans le film Le Chant du loup

« Tu seras pâle, fatigué, mais fier » 

Certains sous-mariniers conseillent « d’attaquer d’abord le frais » dans le frigo, avant les conserves, comme on le fait à bord des bateaux. « Je n’ai pas oublié la règle des 3 C, souligne Philippe, qui précise : couscous, cassoulet, choucroute. » Tandis que Mitch invite chacun à opter pour des activités susceptibles d’enrichir sa vie intérieure : « Ça va être long ! Les prises de tête commencent avec les devoirs [des enfants] et la façon d’éduquer ! » Lui va « s’enfermer dans son atelier, mettre du rouge sur la lumière et poncer un truc rouillé pour sentir la bonne odeur de la ferraille ! » 

La discipline, vitale sous l’eau, les a marqués, et Emmanuel appelle les Français au civisme. « Dans un sous-marin, une fois en plongée, tout le monde compte sur les autres… Il ne viendrait pas à l’idée à ceux de l’arrière ou de l’avant d’aller ouvrir le panneau d’accès… Le confinement c’est pareil, il faut que chacun le respecte. “Qui ouvre le panneau en plongée… va au devant d’un grand danger !” » Il restera du bon de cette difficile période, assure de son côté Chris. Si tout cela dure une bonne dizaine de semaines, comme une patrouille de SNLE, « tu auras le droit d’ouvrir les volets, de sortir par la fenêtre, pâle, fatigué, mais fier d’être devenu un “presque” sous-marinier et de ne pas avoir propagé le Covid-19 »

La marine nationale trouvera-t-elle des candidats ainsi affranchis ? « Dès la fin du confinement, qui devrait durer trois ou quatre semaines, vous pourrez postuler dans un bureau de recrutement de la marine », écrit sur Facebook un autre spécialiste des profondeurs.

Nathalie Guibert.



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