« Remplacer les méthodes de signalisation obsolètes utilisées depuis 100 ans »
Parmi les multiples innovations en matière d’entrainement initiées afin d’adapter la Marine nationale aux enjeux actuels, les exercices Back to the 80’s ramènent les équipages à la « préhistoire », une époque où les satellites n’apportaient pas le confort de transmissions sécurisées à haut débit quelle que soit la qualité de la propagation ionosphérique et l’habilité du radio à établir la liaison en graphie ou la garantie d’une position déterminée au mètre près quelle que soit la couverture nuageuse et la dextérité du timonier à manier le sextant.
Le brouillage des systèmes mondiaux de navigation par satellite (Global Navigation Satellite Systems – GNSS) est devenu courant dans les zones de conflit, il en est de même des liaisons radio dans les gammes HF et UHF en particulier en mer Baltique. S’il est toujours envisageable de recourir aux signaux flottants et aux échanges optiques en alphabet Morse, la société lituanienne Astrolight fondée par Laurynas Mačiulis et Dalius Petrulionis développe depuis cinq ans des liaisons optiques laser destinées à « remplacer les méthodes de signalisation obsolètes utilisées depuis 100 ans ».
Sélectionnée par l’agence londonienne de l’OTAN DIANA (Defence Innovation Accelerator for the North Atlantic), la société a pu bénéficier du concours précieux de ce « moteur de l’innovation » pour perfectionner ses technologies et développer ses activités. La mise en relation directe avec les utilisateurs finaux constitue la pièce maîtresse du dispositif, qui offre la possibilité aux ministères de la Défense des Etats membres de l'OTAN de s’approprier rapidement les nouvelles technologies, notamment grâce au service d'adoption rapide (Rapid Adoption Service) de DIANA.

A l’occasion de l’exercice Dynamic Messenger 2025 combiné à une séquence REPMUS (Robotic Experimentation and Prototyping with Maritime Unmanned Systems), les équipes d’Astrolight ont ainsi pu passer quinze jours sur les Dom Francisco de Almeida et Dom Carlos I. Elles y ont testé avec succès les terminaux laser Polaris qui ont permis des communications laser entre navires, avec une portée limitée à l’horizon mais un débit supérieur à un Gbps, la société se félicitant que le lien n'ait été détecté « par aucun capteur des navires, drones et équipements terrestres participants ».
Naval Group s’étant associé au chantier lituanien Western Shipyard Group pour proposer un nouveau navire polyvalent (Multi-Purpose Offshore Patrol Vessel) destiné aux marines des pays baltes, l’industriel s’est logiquement tourné vers Astrolight avec lequel il a annoncé le 9 février 2026 avoir conclu un partenariat « pour renforcer les capacités de défense européennes ». Sous ces mots se cache l’embarquement sur les futurs navires des dispositifs conçus par l’entreprise lituanienne, après une étape de test des terminaux laser Polaris.

Confirmant l’efficacité du dispositif d’aide à l’innovation otanien, Laurynas Mačiulis a reconnu que le succès de la société « est en partie dû à notre expérience dans le cadre du programme DIANA, qui nous a permis d'accéder aux commentaires des utilisateurs finaux afin d'affiner et d'améliorer notre technologie ». Certain que le laser peut apporter à l'« Internet spatial » ce que la fibre optique a apportée aux transmissions de données terrestres, le dirigeant oriente également le développement de l’entreprise vers les communications spatiales inter-satellites ou vers la terre.
Le terminal ATLAS-2 d’un poids de 2,3 kg est conçu pour ces liaisons espace-sol et espace-espace et optimisé pour la transmission de grands volumes de données et les liaisons montantes à faible débit, ce qui le rend selon son concepteur « idéal pour la retransmission et la distribution de données d'observation de la Terre ». En parallèle, Astrolight développe des stations terrestres (Optical Ground Station – OGS) dont le prototype OGS-1 a été testé à l’été 2022 depuis le site de l’Agence spatiale européenne (European Space Agency – ESA) localisé sur l’île de Tenerife.
Après un périple en voiture puis en avion, la station portable répartie dans quatre caisses de « moins de 32 kg » a été assemblée en deux heures avant de se connecter au signal lumineux émis par le satellite allemand Flying Laptop, équipé du terminal de communication optique OSIRIS (Optical Space Infrared Downlink System), « malgré les conditions de vent exceptionnellement fortes » qui régnaient à l'observatoire du Teide à ce moment-là. Cet « exploit » offre des opportunités d’amélioration des transferts de données auxquelles l’ESA était déjà coutumier.
En juin 2017, dans le cadre du programme Copernicus d’observation de la Terre, le satellite Sentinel-2B en orbite basse (low earth orbit) avait déjà transmis par liaison laser et en moins de six minutes sa collecte d’images vers le satellite géostationnaire Alphasat situé à 36 000 km d’altitude. Equipé de l’European Data Relay System et en liaison permanente, ce satellite et son jumeau permettent ainsi de pallier les inconvénients de l’orbite polaire et des conditions météorologiques qui peuvent rendre inopérantes les liaisons optiques vers le sol.

Si la compétence française ne peut qu’être célébrée, il est surprenant que l’Agence de l’innovation de défense qualifie de « première mondiale » l’établissement à l’été 2024 d’une liaison laser stable entre un nanosatellite en orbite basse et une station sol optique. La maîtrise des technologies du New Space par les entreprises rennaises Unseenlabs, premier fournisseur mondial de données électromagnétiques pour la surveillance maritime depuis l’espace, et Cailabs a permis l’aboutissement du projet Keraunos, mais deux ans après le succès germano-lituanien.
Dans un contexte marqué par le rôle stratégique joué par le Groenland, c’est justement sur cette île danoise que l’ESA a choisi, en partenariat avec Astrolight, de construire une station terrestre optique à Kangerlussuaq. Anticipant une augmentation de 190 % du nombre de satellites en orbite basse et une saturation des fréquences radio, celle-ci offrira une rapidité de transfert et une sécurité « sans précédent » pour les communications par satellite, mais contrairement à ce qui peut être écrit sur les réseaux sociaux, l’OTAN n’est pas associé à ce projet européen.

La communication laser est plus sûre, son faisceau est plus étroit, son débit est supérieur et elle est plus difficile à intercepter ou à brouiller. Le principal défi de la communication optique est posé par les nuages, ce qui nécessite d’augmenter le nombre de stations terrestres. Dans un environnement naval, l’horizon et le point-à-point limitent l’emploi de cette technologie « révolutionnaire », mais Cailabs ayant développé le système TIALBA® - LOS, il serait pertinent qu’un produit français trouve sa place sur les superstructures des unités de la Marine nationale.
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