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« Une capacité industrielle croissante dans le domaine de la défense »

Actualité générale de l'Alliance Navale

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11/02/2026

Réunis à Vilnius le 11 juillet 2023, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN décidèrent de la mise en place d’une force de réaction alliée (Allied Reaction Force – ARF) multinationale et multidomaine, « laquelle élargira l’éventail d’options qui s’offrent à nous pour réagir rapidement aux menaces et aux crises ». Succédant à la NRF (NATO Response Force), l’ARF est au cœur de l’exercice Steadfast Dart 2026 qui a débuté le 15 janvier 2026 dans la zone de responsabilité du Joint Force Command (JFC) Brunssum.

Alors que l’Espagne assure les fonctions de nation cadre du Maritime Component Command jusqu’en juillet 2026, c’est la Turquie qui a été mise à l’honneur au travers d’un communiqué de presse annonçant le déploiement d’un Maritime Task Group constitué autour du porte-drones Anadolu, accompagné des frégates Istanbul et Oruçreis et du ravitailleur Derya. Le communiqué précise que « ces navires ont été conçus et construits en Turquie, ce qui reflète la capacité industrielle croissante du pays dans le domaine de la défense ».


Si l’Anadolu a bien été construit en Turquie dans les chantiers navals de Sedef Shipyard, il apparait que le rédacteur du communiqué ignore que sa conception est espagnole, Navantia ayant auparavant construit le Juan Carlos I, le Canberra et l’Adelaide dans ses chantiers du Ferrol. En revanche, l’emport de drones Bayraktar TB3 par le navire turc lui apporte des capacités exceptionnelles, démontrées le 3 décembre 2025 en présence de nombreuses délégations militaires étrangères.

Un premier drone a pris sous son contrôle un Kamikaze Unmanned Surface Vehicle Albatros-S de la société Aselsan avant de le diriger avec succès vers une cible de surface. Deux autres Bayraktar TB3 ont engagé des cibles terrestres, l’un avec des munitions MAM-T et MAM-L produites par Roketsan, l’autre avec un Kemankeş-1. Baptisé en mémoire des archers turcs qui atteignaient leurs cibles « avec une précision parfaite », ce « mini » missile de croisière utilise un système de pilotage automatique assisté par intelligence artificielle.


Le communiqué de l’industriel conclut par un rappel sur la position dominante de Baykar qui tire 83 % de ses revenus des exportations depuis le lancement de ses activités de recherche et développement dans le domaine des drones en 2003. Réalisant 1,8 milliard de dollars d'exportations en 2024, la société s'est classée parmi les 10 entreprises les plus exportatrices de Turquie et occupe la première place mondiale dans sa catégorie, tirant 90 % de ses revenus de l'exportation.

Illustrant la proximité entre l’industriel et le pouvoir en place à Istanbul, le communiqué s’intitule « démonstration de force dans la Patrie bleue », évoquant la stratégie politique Mavi Vatan imaginée par les amiraux turcs et mise en œuvre par Recep Erdoğan depuis 2013. De cette stratégie découle entre autres le projet Millî Gemi (MILGEM) visant à exploiter au maximum les capacités nationales de la Turquie afin de concevoir et intégrer un navire de guerre conforme aux normes modernes et doté de technologies de pointe.


La frégate Istanbul en service depuis 2024, première d’une série de huit frégates MILGEM conçues par la société STM (Savunma Teknolojileri Mühendislik ve Ticaret A.Ş.) et construites par le chantier Istanbul Shipyard, correspond ainsi à la description flatteuse des communicants de l’OTAN, au contraire de la frégate MEKO-200 Oruçreis conçue par ThyssenKrupp Marine Systems et construite au sein de la base navale de Gölcük. Le Derya, mis à l’eau par le chantier naval Sefine, peut lui également démontrer la capacité industrielle croissante de la Turquie.

La concrétisation de cette dernière réside dans le projet MUGEM (Milli Uçak Gemisi) de construction d’un « porte-avions national » de 285 mètres de long et d’un déplacement supérieur à 60 000 tonnes équipé d’une rampe de lancement (système STOBAR – Short Take-Off But Arrested Recovery). Le bâtiment devrait être mis à l’eau entre 2027 et 2028 et entrer en service à l’horizon 2030, supplantant alors le Charles de Gaulle jusqu’à ce que son successeur lui ravisse la place du plus grand bâtiment de combat de l’espace méditerranéen.

Après une première célébration de l’industrie de défense turque durant la TEKNOFEST d’août 2025, le Président Recep Erdoğan s’est à nouveau félicité le 20 décembre 2025 de son excellence à l’occasion de la cérémonie de montée des couleurs sur une corvette construite au profit du Pakistan. Fier des plus de 100 000 personnes travaillant « avec dévouement » dans le secteur de la défense « pour assurer l'avenir de la Turquie », il a rappelé que son pays s’était hissé au 11ème rang mondial en termes d'exportations dans le secteur de la défense.

Une nouvelle étape a été franchie lorsque le 29 janvier 2026 le ministre de la défense portugais a assisté à la cérémonie de pose de la quille du premier bâtiment construit au profit d’un Etat membre de l’Union européenne et de l’Alliance atlantique. Nuno Melo a souligné à cette occasion que ce projet, reflet de la « confiance mutuelle » entre les marines et les industries de défense de la Turquie et du Portugal, résultait de la combinaison des concepts et de l'expertise navals du Portugal et des capacités de l'industrie maritime turque.


Le domaine des drones ou le domaine naval ne sont pas les seuls dans lesquels la Turquie émerge en tant que concurrent crédible des industriels européens. Tandis que Allemands, Français, Britanniques et Italiens s’écharpent sur le successeur des Eurofighter et des Rafale, l’Arabie Saoudite aurait déjà passé commande de dizaines d’exemplaires du KAAN, chasseur de cinquième génération développé par Turkish Aerospace.

Dans un monde idéal, il faudrait se réjouir du développement d’une industrie de défense performante dans un pays allié. Sans doute dans le monde actuel soumis à de multiples perturbations faudrait-il plutôt s’inquiéter de la montée en puissance d’un voisin qui bénéficie d’une énergie à faible coût en provenance de Russie, qui considère l’allié kurde dans la guerre contre l’Etat islamique comme une organisation terroriste à éradiquer, et continue à développer ses réseaux et à s’opposer au modèle occidental et européen.

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