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« Une marine moderne à la mesure de ses intérêts et de sa sécurité »

Actualité générale de l'Alliance Navale

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18/06/2026

Reprise d'un article paru le 20 janvier 2026, mis à jour des dernières actualités.

Sur l’ordre de Zhu Di, troisième empereur de la dynastie Ming, l’amiral Zheng He a sillonné les mers entre 1405 et 1433 à la tête de la « flotte des Trésors », forte de 200 navires et de plus de 20 000 hommes. En sept voyages, il atteindra le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie, Ceylan, le sud de l’Inde, la péninsule arabique et la côte orientale de l’Afrique. Alors que la Chine avait cinquante ans d’avance sur l’Occident, les successeurs de Zhu Di interdiront tout voyage au-delà des mers, un édit impérial publié en 1500 rendant passible de la peine de mort la construction d’un bateau équipé de plus de deux mâts.

Cinq siècles plus tard, sous la direction de Xi Jinping, la marine chinoise est devenue en nombre de plateformes la plus grande marine du monde, comptant près de 400 navires et sous-marins, dont plus de 160 navires de premier rang. Publiée en mai 2015, la stratégie militaire de la Chine mentionnait cette nécessité de développer une marine moderne à la mesure de ses intérêts et de sa sécurité, de la préservation de sa souveraineté, ainsi que de la protection des intérêts de sécurité outre-mer pour l’accès à l’énergie et aux autres ressources, des lignes de communication maritimes, des ressortissants et des intérêts économiques chinois à l’étranger.

Malgré cette ambition, la marine chinoise est absente de la mer d’Arabie alors que depuis le 28 février 2026 les exigences iraniennes sur le trafic dans le détroit d’Ormuz et le blocus imposé par les Etats-Unis aux ports iraniens impactent directement cette « accès à l’énergie ». Interrogé le 15 mai 2026 sur la contribution chinoise à la réouverture du détroit, le porte-parole du ministère des affaires étrangères s’est limité à évoquer les quatre propositions formulées par le président Xi Jinping « visant à préserver et à promouvoir la paix et la stabilité au Moyen-Orient [qui] ont reçu une large reconnaissance de la part des pays de la région et de la communauté internationale ».

La montée en puissance de la marine chinoise a d’abord répondu à l’objectif de sanctuarisation de la mer de Chine méridionale, mer orientale pour le Viêt-Nam, dénommée à Manille mer des Philippines occidentale. La flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins étant basée sur l’île de Hainan, et afin de garantir une capacité de riposte nucléaire en toutes circonstances, clé de la stratégie de dissuasion, la Chine doit être en mesure de garantir l’invulnérabilité de sa force nucléaire. Pour cela, ses sous-marins doivent disposer d’une « capacité de dilution », c’est-à-dire d’un espace maritime assez vaste, au large de l’île de Hainan, qui soit sous contrôle chinois et avec une profondeur suffisante.

La mer de Chine méridionale, passerelle entre les océans Indien et Pacifique, est un carrefour stratégique majeur et une artère maritime vitale qui agrège autour d’elle la grande région Asie-Pacifique, le nouveau poumon de l’économie mondiale. Elle pèse plus de 45 % du PIB mondial, et génère 60 % de la croissance de l’économie de la planète. Mer semi-fermée, la mer de Chine méridionale mesure environ 3 000 kilomètres de long sur 1 000 kilomètres de large et est parsemée de milliers de récifs non identifiés et de plus de 200 îles, dont une grande partie constitue les deux archipels des Paracels (Xisha) et des Spratleys (Nansha).

Mettant en avant ses « droits historiques » qu’elle fait remonter au XIIIe siècle, la Chine revendique une souveraineté sur plus de 80 % des 2,5 millions de km2 de la mer de Chine méridionale, délimitée par une ligne en neuf traits tracée par le gouvernement de la République de Chine dès 1948. Cette délimitation en pointillés, qui recoupe les zones économiques exclusives revendiquées par les pays riverains, a été déposée auprès de l’ONU, en 2009, pour justifier la souveraineté chinoise sur la zone. Les « interactions » avec les forces armées des Philippines sont multiples, ce pays revendiquant également une souveraineté sur une dizaine d’îlots et de récifs immergés, dont le Ren’ai Reef sur lequel a été échoué en 1999 le Sierra Madre, un ancien bâtiment amphibie qui cristallise les tensions.

Face aux incursions dans un espace maritime dont elle se considère l’unique propriétaire, la Chine envoie régulièrement ces forces au contact des « intrus », générant de multiples polémiques sur la dangerosité du comportement de ses unités envers les forces ravitaillant le Sierra Madre comme envers les pêcheurs philippins. Alors que l'Union européenne condamnait le 15 décembre 2025 « les récentes actions dangereuses menées par les garde-côtes chinois en mer de Chine méridionale à l'encontre de navires de pêche philippins », c’est la frégate néerlandaise de Ruyer qui s’est retrouvée au cœur d’une polémique, accusée d’avoir fait voler son hélicoptère au-dessus des eaux territoriales des Paracels et conduisant les forces chinoises à « expulser et chasser le navire intrus ».


La voie maritime traversant cette mer de Chine méridionale est une pièce essentielle de l’axe maritime reliant la Chine à l'Afrique orientale et à la Corne de l'Afrique qui, avec l’axe terrestre traversant l'Europe centrale, l'Asie centrale, mais aussi la Turquie, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan, concrétise les « nouvelles routes de la soie », un projet lancé en 2013 par le président chinois Xi Jinping. Également connu sous l’acronyme OBOR (« one Belt, one Road »), où la ceinture est terrestre et la route maritime, ce projet s’appuie également sur l'installation de comptoirs commerciaux et de rachats ou de constructions de ports tout au long de ces nouvelles routes, qui participent à la stratégie navale militaire chinoise connue en Occident sous le terme de « collier de perles ».

Anticipant cette stratégie, le 26 décembre 2008, conformément aux résolutions 1838 et 1851 du Conseil de sécurité des Nations unies, une force d'escorte navale comprenant les destroyers Haikou et Wuhan et le ravitailleur Weishanhu, quittait le port militaire de Sanya pour réaliser les premières missions d'escorte dans le golfe d'Aden et dans les eaux bordant les côtes somaliennes. C'était la première fois que la Chine envoyait des forces militaires à l'étranger pour sauvegarder les intérêts stratégiques de la nation, constituait une force maritime pour remplir des obligations humanitaires internationales à l'étranger, et protégeait une importante route maritime en haute mer.

Depuis cette date, la marine chinoise déploie régulièrement des navires en océan Indien, la 48ème force d’escorte navale composée du destroyer Tangshan, de la frégate Daqing et du ravitailleur Taihu ayant quitté le port de Qingdao le 11 octobre 2025 pour faire route vers le golfe d’Aden et les côtes somaliennes. Peu d’informations filtrent sur ce groupe qui fréquente plus les côtes orientales de l’Afrique que celles de la péninsule arabique, alors que les forces navales chinoises préfèrent se concentrer autour de l’île de Taïwan pour une opération de surveillance et de contrôle du trafic maritime. Malgré les ambitions de dépasser l’U.S. Navy, le pavillon rouge aux étoiles jaunes ne concurrencera pas de sitôt la bannière étoilée sur les océans et mers de la planète.


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