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Un patrouilleur de 6 200 tonnes !

Actualité générale de l'Alliance Navale

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11/06/2026

Le Ministero della Difesa met régulièrement à jour le document de programmation multi annuelle dont la synthèse propose en une soixantaine de pages une revue stratégique avant de décliner les priorités et orientations pour les deux années suivant sa publication. L’édition 2025 précise que « la composante maritime doit constituer un outil moderne, résilient, interopérable et à la pointe de la technologie, capable d’opérer dans toutes les dimensions du domaine maritime ». Forte de quatorze unités de premier rang, celle-ci pourra également bientôt mettre en œuvre une petite dizaine de « patrouilleurs » hors normes.

Le 29 mai 2026, l’Organisation Conjointe de Coopération en Matière d'Armement (OCCAr) a publié un communiqué relatif à la pose de la quille du huitième patrouilleur hauturier multi missions (Multipurpose Offshore Patrol Vessel ou Pattugliatore Polivalenti d’Altura – PPA) par le chantier de Riva Trigoso appartenant au constructeur naval italien Fincantieri, « marquant une nouvelle étape décisive dans le programme de construction navale de l'Italie ». Le Marcantonio Colonna rejoindra la Marina militare en 2030, devenant ainsi le sixième « patrouilleur » d’une série jaugeant 6 200 tonnes pour une longueur de 143 mètres.

L’industriel italien décrit le programme Thaon de Revel comme celui d’un « navire de combat polyvalent » (Multi Purpose Combat Ship – MPCS) dont les missions vont de « la patrouille et du sauvetage en mer aux opérations de protection civile », tout en pouvant être celle d’un « navire de combat de premier rang » en raison de la modularité inhérente à cette classe de « patrouilleurs ». Illustrant ce « menu à la carte », l’OCCAR précise que les PPA ou MPCS peuvent être livrés en configuration « light », « light + » ou « full », ce qui sera le cas du Marcantonio Colonna et à terme de l’ensemble des « patrouilleurs » italiens.

Ceux-ci disposeront de seize silos pour missiles Aster, de deux lanceurs triples pour torpilles MU90, d’une tourelle de 127 mm, de rampes de lancement pour missiles antinavires, etc. En comparaison, les patrouilleurs hauturiers de la Marine nationale commandés par la Direction générale de l’armement le 17 novembre 2023, « adaptés à un environnement semi-permissif », jaugeront environ 2 400 tonnes pour une longueur de 92 mètres et seront armés d’un canon de 40 mm. L’accélération de leur livraison prévue par le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 ne modifiera pas leurs capacités.

La Marina militare partage avec la Marine nationale une culture opérationnelle illustrée par l’action menée en avril 2026 par la frégate Emilio Bianchi dont l’intervention dans le cadre de l’opération Atalanta a permis de libérer le boutre iranien Al Waseemi et de contrer efficacement un acte de piraterie initié depuis les côtes somaliennes. L’évocation très romancée de cette intervention manifestement disproportionnée où Goliath terrasse David sans combattre illustre la capacité du voisin transalpin à vendre efficacement les capacités de ses forces navales avec un impact évident sur la capacité à exporter ses matériels.

La déclaration conjointe franco-italienne publiée le 27 février 2020 se félicitait de la signature d’un accord portant sur le partenariat dans le domaine de la construction navale militaire concrétisé par la joint venture Naviris, alliance entre Naval Group et Fincantieri qui devait permettre de « coordonner les stratégies industrielles internationales, avec la définition commune d’un portefeuille d’opportunités à l’export ». Le 21 mai 2025, l’amiral Nicolas Vaujour reconnaissait l’échec de ce projet, tout en avouant être content de disposer d’un industriel national « capable de produire nos navires en toute souveraineté ».

Le chef d’état-major de la marine observait devant les députés que l’Europe compte « environ quatorze chantiers navals en Europe, lesquels sont tous concurrents » alors que « dans un monde idéal, il devrait y en avoir trois fois moins, afin de conquérir des parts de marché à l’export ». Par sa politique assumée des « coques blanches » ayant conduit un premier Marcantonio Colonna à gagner les rivages de l’Asie, bientôt suivi par le Ruggiero di Lauria rebaptisé Prabu Siliwangi, « symbole de la modernisation de l'Indonésie », l’Italie a marqué des points, la balle est désormais dans le camp français.

Précédent la vente de deux PPA initialement commandés pour la Marina militare, l’Italie avait déjà privilégié l’export au renforcement de sa composante navale en cédant en 2021 à l’Egypte le Spartaco Schergat et l’Emilio Bianchi, ne retardant que de quatre années la livraison des frégates homonymes, respectivement neuvième et dixième FREMM à rejoindre la flotte italienne. Il est également possible que deux à quatre FREMM en service soient vendues à la Grèce afin de remplacer ses frégates d’origine néerlandaise, la Marina militare bénéficiant alors de l’arrivée de la dernière version EVO de Fincantieri.

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