Le LiDAR hydrographique, une aide à la protection des approches maritimes ?
En décembre 2006, des membres de l’Unité Mixte de Recherches TETIS (Territoires Environnement Télédétection et Information Spatiale) et de l’IFREMER (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) présentèrent à Montpellier les principes physiques et les applications du LiDAR (light detection and ranging) « hydrographique ». Si les conférenciers se sont montrés plus intéressés par les possibilités offertes pour caractériser le fonds marin, la surface de l’eau ou la colonne d’eau, la capacité à mesurer avec une bonne précision (± 0,25 m) la hauteur d’eau et détecter toute anomalie fut également développée.

Également traduit par « laser imaging detection and ranging », le LiDAR consiste à utiliser depuis un vecteur aérien, avion, hélicoptère ou drone, un laser vert (longueur d’onde 532 nm) disposant d’un grand pouvoir de pénétration dans l’eau. Chaque impulsion est partiellement réfléchie par le dioptre et par le premier obstacle rencontré, la mesure de la colonne d’eau étant déduite du temps écoulé entre la réception des deux échos, en tenant compte des différences de vitesse de la lumière dans l’air et dans l’eau et pour les appareils les plus perfectionnés des phénomènes de réfraction liés à l’agitation de la surface.
Vingt ans plus tard, le palais de l’Elysée accueillait la cinquième édition de la Grande Exposition du Fabriqué en France les 15 et 16 novembre 2025. Parmi les 123 produits et services stratégiques sélectionnés, « de toutes tailles et issus de tous les secteurs de l'économie française », la société YellowScan proposait « une solution innovante pour explorer la topographie sous-marine et terrestre » baptisée YellowScan® Navigator. Ce LiDAR « bathymétrique » d’une précision améliorée d’un facteur dix en vingt ans (± 0,03 m) adaptable sur tout type de drone reste toutefois destiné à l’océanographie côtière.
Les 26 et 27 novembre 2025, c’est la société Hytech Imaging qui présentait au forum innovation défense (FID 2025 son « système de cartographie des eaux peu profondes par drone pour des applications civiles et de défense » Calhyb. Parmi les nombreux pôles d’innovation de défense, deux sont animés par DGA Techniques navales, Gimnote (Groupe d’Innovation pour la Maîtrise Navale en Opération par la Technologie et l’Expérimentation) à Toulon et Orion (Organisation pour la Recherche et l’Innovation Opérationnelle Navale) à Brest, c’est ce dernier qui avait permis de détecter le projet et de l’accompagner.
Interrogé en octobre 2024 lors de la Sea Tech Week, un des deux cofondateurs de la société se félicitait d’avoir bénéficié d’un financement à plus de 70 % par l’Agence de l’innovation de défense dès 2022 et espérait lancer l’industrialisation de Calhyb à la fin de l’année 2025. Contrairement à YellowScan qui se limite à la technique laser bathymétrique, Hytech Imaging a choisi d’y associer l’imagerie hyperspectrale afin d’offrir une « solution embarquée de cartographie réactive de la bathymétrie et de la nature des fonds, d'évaluation rapide de l'environnement et de détection de cibles ».
La valeur ajoutée de cette technologie est évidente pour des usages civils tels que l’hydrographie ou la détection de sites archéologiques mais, malgré l’enthousiasme affiché par l’animatrice du pôle Orion, le caractère dual du LiDAR hydrographique interroge, le cofondateur indiquant que, en fonction de la turbidité de l’eau, la pénétration du rayon dans l’eau peut ne pas dépasser les dix mètres et n’excédera pas 40 mètres. YellowScan aaffiche les mêmes performances, avec une profondeur maximale de 2 Secchi, référence au disque inventé par Angelo Secchi pour mesurer la transparence et la turbidité des masses d’eau.
Un drone équipé d’un LiDAR hydrographique peut concourir au Rapid Environmental Assessment (REA) tel qu’il est défini par la publication interarmées 3.11.32, en particulier dans le cadre de la préparation d’opérations amphibies, également à la lutte contre les mines à orin, la détection de mines à influence étant rendue moins évidente en raison des limitations du rayon laser. Relevant plus de l’argument promotionnel, Calhyb est proposé comme moyen pertinent pour détecter les semi-submersibles utilisés par les narcotraficants évoluant à faible voire très faible profondeur.

Détecter un mobile sous-marin nécessite en effet de pouvoir couvrir une large zone avec une période de revisite très faible, un objectif qui pourrait être proposé par DGA Techniques navales. Ce besoin opérationnel fait l’objet d’un appel à projet émis par la Defense Innovation Unit du ministère de la guerre des Etats-Unis, afin de contrer la menace présentée par les véhicules sous-marins autonomes (autonomous underwater vehicle – AUV) pouvant viser « les infrastructures critiques, les voies navigables, les ports et les forces déployées », alors que « les solutions actuelles sont fragmentées, coûteuses et peu nombreuses ».
Baptisé Robotic Exclusion & Engagement Framework, le projet priorise la protection des approches maritimes des Etats-Unis par un système offrant un délai suffisant entre la détection et la réaction pour permettre une prise de décision par un opérateur humain, « de manière à ce que les menaces sous-marines puissent être interceptées ou neutralisées en toute sécurité ». Cet appel à projet limité aux entreprises installées aux Etats-Unis et au Royaume-Uni peut être mis en parallèle avec le projet européen HAMRSPRO (Harbour & Maritime Surveillance and Protection) pour lequel le LiDAR hydrographique aurait de l’intérêt.

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