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« L’un des passages les plus complexes de notre histoire navale »

Actualité générale de l'Alliance Navale

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23/03/2026

Avant l’an 2000, la Marine Nationale disposait d’une force de guerre des mines sous les ordres d’un officier général connu sous l’acronyme ALMINES, « amiral commandant la guerre des mines », dissout dans une force d’action navale mondialisée et omnipotente. Le conflit opposant les Etats-Unis et Israël à l’Iran a remis à la Une la menace posée par ces mines navales, qu’elles soient à contact, l’explosion étant déclenchée par le choc de la carène contre une « corne » électrique ou chimique, ou à influence, réagissant au magnétisme des coques, au bruit des hélices ou à la dépression causée par le mouvement du navire.

La Marine Nationale dispose dans ce domaine d’une expertise reconnue, alimentée entre autres activités par les nombreuses opérations de neutralisation des engins des deux guerres mondiales. La mission principale dans ce domaine de lutte spécifique consiste à garantir le libre accès des ports militaires et des principaux ports civils français, une activité assurée par les huit chasseurs de mines tripartite (CMT) issus d’un programme commun associant les marines belge et néerlandaise et les trois bâtiments remorqueur de sonar qui se consacrent à la pérennité de la dissuasion en garantissant le libre accès de la rade de Brest.

Ces unités de faible tonnage doivent être remplacées « par étapes » par le système de lutte anti-mines du futur (SLAM-F), un « système de systèmes » mettant en œuvre des drones de surface et sous-marins. Un premier module de lutte contre les mines (MLCM) a été livré en 2024, le Canopus, premier drone de lutte contre les mines équipant la Marine nationale entamant le 14 janvier 2025 une période d’évaluations et de vérifications très satisfaisante, le chef d’état-major de la Marine (CEMM) ayant affirmé devant les députés le 23 octobre 2025 que ce module « remplit parfaitement sa mission et démontre une efficacité remarquable ».

La Belgique et les Pays-Bas ont également entamé le renouvellement de leurs forces de guerre des mines au travers du programme rMCM (replacement Mine Counter Measures) attribué au consortium Belgium Naval & Robotics formé par Naval Group et Exail. Pour des raisons essentiellement politiques liées à la relance des accords de Lancaster House du 2 novembre 2010, le ministère des armées avait préféré se rapprocher du Royaume-Uni pour développer le SLAM-F tout en utilisant le design du navire belgo-néerlandais pour définir les bâtiments de guerre contre les mines (BGDM) appelés à remplacer les CMT.

Alors que les discussions se poursuivent en France, notamment sur le meilleur moyen de mettre à l’eau les drones, par l’arrière ou sur les côtés, et sur la présence à bord d’un caisson hyperbare, l’Oostende, premier navire de lutte contre les mines du programme rMCM, a passé ses amarres à Zeebrugge le 3 novembre 2025. Ce bâtiment de 2 800 tonnes et 83 mètres de long, premier d’une série de douze unités, embarque une gamme complète de drones de surface et sous-marins développés par Exail, un groupe né en 2022 du rapprochement des sociétés ECA Group et iXblue, et deux drones aériens proposés par le suédois Saab.

Au même moment, l’amiral Nicolas Vaujour regrettait « profondément » le « dérapage » du programme français, évoquant la nécessité d’une « capacité intérimaire » dans l’attente de l’arrivée des cinq BGDM dont la première livraison n’interviendra qu’en 2031. Dans son avis « marine » sur le projet de loi de finances pour 2026, Yannick Chenevard partage ces inquiétudes sur l’avancement du programme, estimant « impératif de trouver des solutions évitant toute rupture capacitaire […] face au besoin de sécurisation des abords de la pointe bretonne et à la nécessité d’assurer la liberté de navigation dans les détroits ».

Le 18 mai 2009, le bâtiment de soutien mobile Loire accostait à Brest après avoir conduit en compagnie de deux CMT une mission de quatre mois en océan Indien. La marine perdait son seul bâtiment spécialisé dans le soutien à la guerre des mines, jugé « indispensable » pour déployer loin de la métropole un groupe de CMT. Ces missions ont heureusement perduré, telles celle de la Lyre, qui participa du 31 mars au 16 mai 2024 à la « sécurisation des voies d’approvisionnement » dans la région, des missions parfois limitées à l’envoi d’un détachement de plongeurs-démineurs, tel celui aux Emirats arabes unis en avril 2025.

Le caisson hyperbare qui équipera les BGDM français trouve sa raison d’être dans la présence de ces plongeurs démineurs qui contrairement à nombre de leurs collègues peuvent intervenir jusqu’à 80 mètres de profondeur, nécessitant la présence de cet équipement permettant de traiter d’éventuels accidents de remontée. Ces experts répartis au sein des trois groupes de plongeurs démineurs Atlantique, Manche et Méditerranée sont régulièrement déployés sur les théâtres extérieurs pour des actions de guerre des mines, de déminage portuaire ainsi qu’en protection des bâtiments de combat.

La dimension humaine personnalisée par ces marins perdurera malgré la transition entamée vers un dispositif entièrement composé de drones, « l’un des passages les plus complexes de notre histoire navale » aux dires du CEMM, conséquences d’un « pari, initié il y a une dizaine d’années ». La validation des capacités militaires du MLCM articulé autour du Canopus rejoint par le Rigel se poursuit sous le contrôle de la flottille de lutte contre les mines (FLCM), créée en 2021 avec pour mission principale le soutien de la dissuasion « en sécurisant les voies maritimes d’accès au port militaire et à la rade de Brest ».

Reprenant l’objectif fixé par l’amiral Nicolas Vaujour « de démontrer, dès le début de l’année 2026, notre capacité à remplacer intégralement nos bâtiments habités en déployant uniquement des systèmes de drones dans la rade de Brest », le préfet maritime de l’Atlantique avait signé le 23 janvier 2026 un arrêté réglementant la pêche et les activités subaquatiques. Le 13 mars 2026, les premiers « avis rade » interdisaient à la pêche et à la plongée « pour des raisons de sécurité » une partie des zones et couloirs de transit identifiés dans l’arrêté, « dans le cadre du déploiement [de] drones autonomes de surface et sous-marins ».

Le MLCM brestois est mis en œuvre depuis des infrastructures terrestres dédiées, incluant un centre de command and control. Outre les réserves exprimées par le CEMM, rappelant que « le succès n’est pas encore totalement acquis » et que « les discussions avec Thales sont parfois ardues », la capacité de projection du SLAM-F « depuis la mer » demeure une inconnue majeure alors que les CMT seront être prochainement désarmés. S’inspirant du HMS Stirling Castle, la Marine nationale « travaille intensivement [pour une] solution provisoire » et l’acquisition de navires de type supply, en attendant l’arrivée des BGDM.

Depuis que la Marine nationale a fait le « pari » de remplacer ses CMT par des systèmes automatisés et de collaborer avec la Royal Navy malgré les échecs précédents, la liberté de navigation a été remise en cause, en mer Noire, en mer Rouge et aujourd’hui dans le détroit d’Ormuz. Alors que l’Iran menace de miner la zone, Patrice Caine, président-directeur général du groupe Thales, et Thomas Buret, directeur général d’Exail, s’affrontent dans les médias pour revendiquer le leadership dans ce domaine tout en collaborant pour développer le drone sous-marin du SLAM-F, espéré pour le premier semestre 2028.

Il est probable que la Belgique et les Pays-Bas ont parié « sur le bon cheval » s’il était nécessaire de contribuer rapidement à la sécurisation des eaux du détroit d’Ormuz et des accès aux terminaux.

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