Dernier chapitre de la saga des BATSIMAR ?
Le 8 septembre 2026, l’amiral commandant la Force d’action navale a fait reconnaître le premier commandant du patrouilleur hauturier Trolley de Prévaux, en achèvement dans les chantiers Kership de Concarneau, entamant le dernier chapitre de la longue saga du programme des bâtiments de surveillance et d’intervention maritime BATSIMAR , destinés au « renouvellement de la capacité d'action hauturière affectée aux missions de prévention et de sauvegarde des approches maritimes et des espaces ultramarins ».

Les dix-sept avisos A69, assimilées à des corvettes au titre du STANAG 1166 (Standardization Agreement) par leur longueur de 80 m et leur armement (artillerie, torpilles, missiles antinavires), étaient jusqu’au début des années 2000 identifiés comme frégates de deuxième rang par les lois relatives à la programmation militaire. Celle du 29 juillet 2009 annonça la conversion des neuf survivants en « patrouilleurs hauturiers » rebaptisés « de haute mer » et, « à plus longue échéance », la livraison de nouvelles unités « à partir de 2017 ».
Celle-ci étant progressivement repoussée, François Grosdidier, sénateur de Moselle, attirait en novembre 2016 l’attention du ministre de la défense sur « l’obsolescence des avisos et patrouilleurs », suggérant l’acquisition de « patrouilleurs de type OPV (offshore patrol vessel) de 70-75 mètres, en production aujourd'hui dans plusieurs chantiers navals français », la réponse l’informant que les « dimensions des futurs patrouilleurs […] ne sont pas encore définitivement fixées » mais que cette acquisition n’était pas « actuellement » envisagée.

Première entorse au programme, l'acquisition de deux « patrouilleurs à faible tirant d'eau adaptés à la Guyane » avait été décidée dès 2014 « pour faire face à la situation opérationnelle tendue constatée dans cette zone géographique ultramarine ». La livraison de quinze nouveaux patrouilleurs, à raison de deux bâtiments par an, était toujours d’actualité en février 2016 quand le ministère de la défense, répondant à une question écrite du sénateur du Finistère Philippe Paul, évoquait la « possibilité d'accélérer la réalisation du programme ».
Parue le 13 juillet 2018, la loi relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 restreignait le programme « aux façades métropolitaines », sans prévoir d’accélération. Celle publiée le 1er aout 2023 ne mentionnait plus le BATSIMAR et visait à l’horizon 2035 un parc de dix patrouilleurs hauturiers affectés en métropole, de six patrouilleurs outre-mer et trois patrouilleurs Antilles Guyane, bien loin de la trentaine d’avisos, de patrouilleurs de 400 tonnes et de patrouilleurs de service public en service dans les années 80/90.
Face aux députés, l’amiral Christophe Prazuck avait reconnu ne pas être en mesure de remplacer les patrouilleurs métropolitains et les patrouilleurs outre-mer par une même classe de bateau, « ce serait trop cher ». Consacrant cette segmentation du programme et une réduction « du niveau de spécification contre un raccourcissement des délais », la loi 2018-607 entérinait donc ce renoncement avec un simple ajustement sémantique justifié par la livraison d’un troisième « patrouilleur léger guyanais » au profit des Antilles.
Quant au remplaçant des avisos A69, i.e. BATSIMAR dans sa version métropolitaine, il aura fallu attendre le 17 novembre 2023 pour que la Direction générale de l’armement commande enfin sept patrouilleurs hauturiers « aux performances inégalées » pour un montant total de 900 millions d’euros. Déplaçant environ 2400 tonnes et longs de 92 mètres, ces patrouilleurs « versatiles et multi-missions » seront construits « par plusieurs chantiers navals français », donnant raison à François Grosdidier près de dix ans après sa proposition.

Ces patrouilleurs hauturiers seront livrés par CMN, Piriou et Socarenam, réunis dans un groupement momentané d’entreprises. Le Jacques Trolley de Prévaux est assemblé à Concarneau dans les chantiers Kership tandis que la coque du d’Estienne d’Orves prend forme à Cherbourg dans les hangars des Constructions mécaniques de Normandie. Les trois patrouilleurs attribués à Socarenam (Jeanne Bohec, Jacqueline Carsignol, Quartier maître Anquetil) seront quant à eux construits à Saint-Malo et achevés à Boulogne-sur-Mer.
Ces patrouilleurs seront équipés « des toutes dernières technologies de surveillance maritime » développées par Thales, en particulier un sonar de coque Bluewatcher indispensable pour assurer les missions « escorteur d’accompagnement » au profit de la Force océanique stratégique et un radar NS50 à balayage électronique associé au redoutable canon de 40 mm S40SA. Naval Group, en charge de la conception de ces « patrouilleurs océaniques » depuis le 23 octobre 2020, est responsable du suivi de leur réalisation.
Si elles ne rivalisent pas avec celles des patrouilleurs italiens de 6 200 tonnes, les performances attendues répondent globalement aux exigences du programme des corvettes de patrouille européennes. Cette frontière diffuse entre patrouilleur et frégate est illustrée par l’évolution du parc permise par le changement de segment capacitaire des frégates type Lafayette, de 1er rang dans l’attente de l’admission au service actif de l’Amiral Ronarc’h avant que les non rénovées deviennent de modestes patrouilleurs « pour défendre nos approches ».
Le format des patrouilleurs prévu par la loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 reste fixé à 19 unités mais une accélération du programme des neuf patrouilleurs hauturiers est annoncée, avec une livraison « au plus tard » en 2032, la commande des deux dernières unités étant selon des sources bien informées inscrite au projet de loi de finances 2027. Leurs cousins d’outre-mer seront également au rendez-vous, le Jean Tranape, quatrième de la série, ayant été admis au service actif le 14 septembre 2026.
POM Auguste Bénébig
Afin d’atteindre la cible initiale de dix patrouilleurs hauturiers, la loi 2026-791 entérine l’armement par un équipage de la marine nationale d’un patrouilleur côtier initialement prévu pour la gendarmerie maritime, une des formations spécialisées de la gendarmerie nationale placée pour emploi auprès du chef d'état-major de la marine. La cérémonie de prise d’armement du Beuzeval s’était déroulée le 11 février 2026, le communiqué précisant que le bâtiment de 350 tonnes est destiné à « renforcer le segment patrouilleur à Cherbourg ».
Dans son avis « marine », le rapporteur Yannick Chenevard exprimait ses inquiétudes sur les suites du programme de « patrouilleurs hauturiers ou océaniques », le contrat de novembre 2023 ne comportant à l’époque aucune option pour des exemplaires supplémentaires. Ayant eu accès au projet annuel de performances relatif au programme 146 « équipements des forces », il évoque ainsi le remplacement du 10ème patrouilleur hauturier par un « patrouilleur côtier de nouvelle génération ». La saga n’est peut-être pas achevée.
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