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« Petit bateau, petit drone. Gros bateau, gros drone »

Actualité générale de l'Alliance Navale

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27/01/2026

La loi relative à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 prévoit à l’horizon 2035 un parc d’au moins 15 systèmes de drones aériens marine (SDAM) permettant d’équiper la Marine nationale de drones tactiques aériens embarqués. Une étape a été franchie fin 2025 avec la signature par la Direction générale de l’armement (DGA) de deux contrats majeurs avec Naval Group, l’un portant sur l’acquisition de drones Camcopter® S-100 F, l’autre associant Airbus Helicopters afin d’équiper les bâtiments ravitailleurs de forces de drones VSR700.

Dès 2017, l’amiral Christophe Prazuck défendait une politique de « dronisation » caractérisée par sa maxime « Petit bateau, petit drone. Gros bateau, gros drone », cinq ans après que la Marine nationale devienne la première marine européenne à se doter d’un drone aérien pour des missions opérationnelles. Parmi les quatre amers du plan Mercator de projection vers 2030 publié durant l’été 2018, « une marine en pointe » indique la voie vers l’équipement de chaque bâtiment de surface, illustré par l’acquisition initiale de deux drones Camcopter® S-100 produits par la société autrichienne Schiebel et déployés sur les bâtiments de projection et de commandement devenus porte-hélicoptères amphibies.

Dans son avis « marine » sur le projet de loi de finances pour l’année 2026, le député Yannick Chenevard détaille la saga de la navalisation du Camcopter® S-100 dans un contexte « à l’époque différente » mais qui résonne en écho des propos du Président de la République constatant que « des partenaires et des industriels d'autres nations ont été plus rapides que nous » et qu’il faut réagir « vite et fort ». Les tests ont débuté en 2008 pour évaluer depuis le Montcalm le Système d’Appontage et de Décollage Automatique mis au point par DCNS, avant que le Centre d’expérimentations pratiques de l’aéronautique navale mène des essais à bord de l’Adroit.

L’édition août/septembre 2018 du magazine Cols bleus souligne la valeur ajoutée déterminante de cet engin non-piloté qui permettra « grâce à son radar et à son capteur optronique d’établir la situation tactique jusqu’à une centaine de nautiques ». Cette capacité de reconnaissance navale est soulignée dans l’annonce du contrat concernant l’acquisition et l’intégration de drones Camcopter® S-100 F, qui seront équipés d’un capteur optique champ large et d’une boule optronique gyrostabilisée, leur capacité standard de charge utile atteignant 50 kg. Naval Group assurera l’intégration physique et fonctionnelle des cinq SDAM composés chacun de deux drones sur les frégates européennes multi-missions.

Concernant les SDAM aux capacités supérieures, l’année 2018 avait débuté par le lancement d’une étude de réduction des risques, attribuée par la DGA au consortium associant Naval Group et Airbus Helicopters, préalable à la construction d'un futur « démonstrateur de drone hélicoptère tactique embarqué ». L’engin de 700 kg retenu, baptisé VSR 700, est dérivé de l’hélicoptère léger Cabri G2 testé dès juin 2017 en version sans pilote. Pouvant embarquer jusqu'à 220 kg de charge utile, les six drones commandés seront équipés d’un radar proposé par la société Diades et d’une boule optronique gyrostabilisée.

Cette commande, inscrite dans l’accord-cadre signé lors du Salon international de l’aéronautique et de l’espace 2025 au Bourget, permettra d’intégrer à partir de 2028 des VSR 700 sur les bâtiments ravitailleurs de forces. Selon le communiqué de presse de Naval Group, la charge utile, limitée à 80 kg, pourra comporter un radar, des capteurs électro-optiques et infrarouges et un récepteur AIS. Déployable à 80 nautiques du porteur, d’une autonomie de huit heures, le VSR700 peut décoller et apponter de façon totalement automatique, y compris « dans une mer agitée », une capacité démontrée par la campagne d’essais menée sur la Provence en octobre 2023.

Parallèlement, les Systèmes de Mini Drone de la Marine (SMDM) composés de deux mini-drones Aliaca de la société Survey Copter, d’environ 16 kg chacun, d’une catapulte et d’un filet de récupération, équipent depuis leur qualification le 28 juillet 2022 les avisos A69, devenus patrouilleurs de haute mer, faisant office de « jumelles déportées » capables de scruter l’horizon pendant trois heures à 30 nautiques du porteur « et c’est comme ça, par exemple, qu’on intercepte beaucoup plus de trafics de drogue aujourd’hui » précise l’amiral Nicolas Vaujour. Son prédécesseur, l’amiral Pierre Vandier, s’était félicité devant les députés le 13 octobre 2022de cet apport qui « a beaucoup motivé les équipages, qui ont pu constater qu’ils restaient dans le match ».

Les SMDM, capables de décoller et d’apponter sur des navires sans plateforme hélicoptère, équipent outre les patrouilleurs de haute-mer, les patrouilleurs outre-mer, les frégates de surveillance et d’autres plateformes de la Marine nationale « en cours de priorisation ». Dix-huit systèmes avaient déjà été livrés début 2024, auxquels s’ajoutent les quinze systèmes supplémentaires commandés le 30 décembre 2023 à la filiale d’Airbus Defense and Space. L’Auguste Bénébig fut le premier patrouilleur à embarquer dès l’armement un SMDM, qui lui permet depuis avril 2023 d’assurer avec encore plus d’efficacité ses missions de protection et de souveraineté dans le Pacifique.

La Royal Navy dispose également de drones Camcopter® S-100 baptisés Peregrine mais envisage l’acquisition d’engins plus lourds en mesure de suppléer les hélicoptères pilotés dans leurs missions de logistique voire de combat. Le premier vol du démonstrateur Proteus développé par Leonardo s’est déroulé le 16 janvier 2026 depuis le terrain de Predannack en Cornouailles britannique. Avec une masse maximale au décollage quatre fois supérieure à celle du Camcopter® S-100, le Proteus embarquera une charge utile de près d’une tonne et demie, offrant de multiples possibilités d’emploi de ce concurrent déclaré d’un hélicoptère « classique ».

La force de l’aéronautique navale ne dispose d’aucun drone MALE (moyenne altitude longue endurance) et devra attendre 2030 pour peut-être disposer de l’Eurodrone s’il voit le jour. L’U.S. Navy ne souffre pas de ces atermoiements, et engage au côté de ses MQ-8C Fire Scout des MQ-9B SeaGuardian® bientôt capables de larguer des barrages de bouées acoustiques. Le plan Mercator et le recalage de la navigation de 2022 restent la référence de la Marine nationale, les drones embarqués et mis en œuvre depuis la terre constituent une pièce maîtresse, la cohérence nécessite sans doute d’en augmenter la masse au sens concret du terme, une fois n’est pas coutume.

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