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“Now when a conflict arises, you’re going to ask us two questions : where is the carrier, and where is the battleship”

Actualité générale de l'Alliance Navale

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06/01/2026

La député de l’Essonne Nathalie Da Conceicao Carvalho interroge en décembre 2024 le ministre des armées sur l’augmentation du nombre et de l’armement des frégates, la réponse publiée le 1er avril 2025 « confirme l'ambition des armées d'être en mesure de faire face à des opérations de haute intensité » tout en récitant scrupuleusement les attendus d’une loi de programmation militaire dont « les choix capacitaires définissant l'armement de ces frégates ont été faits en adéquation avec les besoins militaires et les ressources financières allouées ».

Le 5 novembre 2025, interrogé par un sénateur de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, l’amiral Nicolas Vaujour a confirmé la prééminence de ces « limites budgétaires [qui avaient] imposé de ne mettre que seize lanceurs au lieu de trente-deux sur les frégates de défense et d’intervention (FDI) ». Le chef d’état-major de la marine (CEMM) a également confirmé que les capacités anti-aériennes des Amiral Nomy et Amiral Cabanier seront doublées avec la possibilité d’embarquer 32 missiles Aster.

Les trois premières FDI seront mises à niveau ultérieurement durant une « phase d'arrêt technique » grâce à l’installation de deux systèmes de lancement vertical Sylver® supplémentaires, de la place ayant été réservée pour « laisser la possibilité d'installer de nouvelles cellules le moment venu ». Cette capacité de 32 missiles peut toutefois interroger, en comparaison des moyens déployés sur les projets italien DDX, allemand F127 ou britannique type 83 évoqués par la question parlementaire de décembre 2024.

Les deux frégates de défense aérienne Luigi Durand de la Penne et Francesco Mimbelli jaugeant 5 700 tonnes seront remplacées par deux cacciatorpediniere, destroyers de 175 m de long et 10 000 tonnes devant initialement bénéficier de six ou huit lanceurs octuples permettant de loger 48 à 64 missiles. Ces bâtiments accueilleront selon les dernières informations douze systèmes Sylver® permettant l’emport de près d’une centaine de missiles sans compter les seize missiles antinavires situés en plate-forme.

Questionné sur ce choix du gouvernement italien « de construire beaucoup plus gros », confirmé par la déclinaison italienne de la programmation militaire pour les années 2025 à 2027, l’amiral Nicolas Vaujour a reconnu ne pas être « un partisan des gros croiseurs », préférant « l'agilité ». Selon lui, « la marine italienne a raison si l'on considère le nombre de missiles : mettre le plus possible d'armes à bord est intéressant, à condition de pouvoir financer ces équipements », opposant à cette vision une « équation économique » insoluble.

Confirmant la politique française de soutien à l’exportation malgré les multiples annonces de l’occurrence à court terme d’un « choc » avec la Russie, le CEMM a observé avec justesse que « très peu de marines pourront se payer de tels navires, quand la frégate de 5 000 tonnes paraît beaucoup plus accessible ». Un de ses prédécesseurs avait à ce titre qualifié de « compromis » la décision de mettre un terme au programme de frégates européennes multi-missions et de décider l’acquisition de frégates de « taille intermédiaire », « beaucoup plus économes, adaptées en termes de ressources humaines ».

A l’opposé et malgré l’échec relatif du programme DDG 1000 limité aux trois destroyers Zumvalt, Michael Monsoor et Lyndon B. Johnson, Donald Trump a annoncé le 22 décembre 2025 la construction d’une nouvelle classe de battleships, des croiseurs de bataille improprement baptisés « cuirassés » par plusieurs sites spécialisés. Ignorant peut-être qu’il s’inspirait des propos d’un Président démocrate, le Secretary of the Navy John C. Phelan le paraphrasa en affirmant que désormais, lorsqu’une crise surviendra, deux questions se poseront, « where is the carrier, and where is the battleship ? »

"When word of a crisis breaks out in Washington, it's no accident that the first question that comes to everyone's lips is : 'Where's the nearest carrier?'"
 President Bill Clinton, March 12, 1993, aboard USS Theodore Roosevelt

La vingtaine de croiseurs de bataille de la classe Trump armés par un équipage de 650 à 850 marins et déplaçant plus de 35 000 tonnes embarqueront des missiles de croisière à capacité nucléaire (Nuclear-Armed Sea-Launched Cruise Missile) et des missiles hypersoniques Conventional Prompt Strike et disposeront de 128 cellules vertical launch system – VLS. L’optimisme affiché par le Président des Etats-Unis doit toutefois être tempéré à la lecture des multiples rapports publiés par le Congressional Budget Office et le Government Accountability Office alertant sur les dépassements budgétaires et l’inadaptation des chantiers navals à répondre aux ambitions de l’US Navy.

A une échelle moindre, la Turquie de Recep Erdogan a lancé la construction d’une nouvelle classe de destroyers TF-2000 baptisés « classe Tepe » par l'amiral Ercüment Tatlıoğlu lors d'une cérémonie qui s'est déroulée le 20 décembre 2025 au cœur du chantier naval d'Istanbul. Ces destroyers jaugeant 8 300 tonnes et dotés de 64 cellules de lancement vertical seront en particulier dédiés à la défense aérienne du territoire turc « en commençant par les zones vitales et actives [du] pays, tout en contribuant « à la survie des groupes opérationnels en mer ».

Les futures frégates de défense aérienne allemandes type 127 devraient quant à elles disposer de 96 VLS, quand les frégates françaises à capacité de défense aérienne renforcée embarquent 32 missiles Aster. L’amiral Nicolas Vaujour l’a reconnu, « mettre le plus possible d'armes à bord est intéressant », tout en rappelant une évidence, « à condition de pouvoir financer ces équipements », alors que MBDA accélère certes la production des missiles Aster mais est confronté à une demande en hausse.

La cohérence est préférable aux annonces et aux promesses : une semaine après l’annonce de Donald Trump, le Congressional Research Service a publié une liste de cinq questions : pourquoi l'administration Trump a-t-elle décidé de proposer l'acquisition d'une nouvelle classe de croiseurs de bataille ? Comment les BBG(X) s'intégreront-ils dans le prochain plan « Golden Fleet » ? Quels sont les coûts d'acquisition estimés par la marine pour le premier BBG(X) et pour les suivants ? La marine a-t-elle l'intention de remplacer le programme DDG(X) par le programme BBG(X) ? Les nouvelles technologies que la marine prévoit d'intégrer seront-elles matures au début des années 2030 ?

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