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« Comment renforcer l’autodéfense des bâtiments de surface ? »

Actualité générale de l'Alliance Navale

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13/01/2026

Au début des années 2000, riche du retour d’expérience des unités de la force d’action navale, l’état-major toulonnais s’était inquiété des renoncements capacitaires imposés à la Marine nationale afin de respecter l’enveloppe budgétaire consacrée aux frégates européennes multi missions – FREMM. Alors que le programme était en cours de définition, ces renoncements expliquent en partie les nombreuses différences entre les versions françaises et italiennes, dont la capacité d’hébergement n’est pas la moindre.

Une inquiétude particulière avait alors été exprimée concernant le choix de la conduite de tir associée à la tourelle de 76 mm OTO Malera, dont les performances marquaient une nette régression par rapport aux capacités des conduite de tir multi senseurs et des conduites de tir hybrides équipant les frégates type F70. Dans une période placée sous le signe des « dividendes de la paix », la résurgence d’une menace qualifiée d’asymétrique, illustrée par l’attaque du Arleigh Burke le 12 octobre 2000, encourageait à rester vigilant.

Vingt ans plus tard, le 5 novembre 2025, devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, l’amiral Nicolas Vaujour reconnaissait que les « conduites de tir d'ancienne génération se sont avérées insuffisamment performantes, et elles seront remplacées par celles des FDI [frégates de défense et d’intervention], grâce à l'apport de boules optroniques, qui permettent de mieux voir et de distinguer les drones d'autres menaces plus lointaines ».

Les FDI sont dotées d’une conduite de tir STIR 1.2 EO Mk2 développée par Thales, alliant les performances du radar (acquisition en bande I, poursuite en bande J) et une suite optronique complète (caméras télévision et infrarouge, télémètre laser). Les deux FREMM à capacités de défense aérienne renforcée devaient également être équipées de cette conduite de tir dès le neuvage, seule la Lorraine a eu ce privilège, l’Alsace ne l’a perçue qu’en 2023 à l’occasion de son premier arrêt technique.

Les « boules optroniques » évoquées par le CEMM correspondent au système optronique PASEO XLR de Safran « conçu pour assurer l’identification de tout type de menace à très longue distance », testé avec succès sur l’Alsace lors de son déploiement en mer Rouge en janvier 2024. « Action, réaction », les services de l’Etat et les industriels ont été en mesure de répondre « avec une exceptionnelle réactivité » aux besoins capacitaires conduisant à l’équipement des huit FREMM dans un temps record.

Le CEMM a également regretté l’abandon « lors des précédentes LPM [lois relatives à la programmation militaire] » de la couche « intermédiaire » des missiles Mistral qui équipaient les frégates type F70. Les huit FREMM ainsi que les deux frégates de défense aérienne pourraient recevoir rapidement deux lanceurs Simbad RC de MBDA équipés chacun de deux missiles Mistral 3, des équipements commandés par la Direction générale de l’armement en décembre 2024 au profit des patrouilleurs hauturiers et des bâtiments ravitailleurs de force.

L’acquisition de lanceurs modulaires polyvalents – LMP (Multipurpose and Modular Launching System) développés par Naval Group sur le site historique de Ruelle est également envisagée. Le Naval Review de novembre 2025 consacre plusieurs pages à cette « rupture technologique et opérationnelle [qui apportera aux marines] une réponse inédite aux menaces asymétriques et attaques en champs proches » avec ses quatre modules indépendants conçus pour accueillir des missiles antiaériens, des roquettes à guidage laser, des missiles antinavires légers, des grenades ou encore des leurres.

Durant son audition, le CEMM n’a pas évoqué les résultats encourageants de la campagne d’essais menée sur le Forbin en juin 2023 alors que le démonstrateur HELMA-P (High Energy Laser for Multiple Applications – Power) conçu par CILAS « s’est montré aussi performant que précis pour neutraliser les drones hostiles en mer ». Il est possible que l’intégration d’un tel système dans les infrastructures d’une frégate soumise à des mouvements de plate-forme aléatoires soit plus complexe que celle du LMP.

La Royal Navy s’oriente résolument vers cette solution, avec l’annonce d’un contrat de 316 M£ au profit de MBDA en vue de fournir des systèmes DragonFire, le premier devant être embarqué sur un destroyer type 45 d'ici 2027, « soit cinq ans plus tôt que prévu initialement ». Les communiqués de presse vantent les performances d’un système qui « ne coûte que 10 £ par tir et est suffisamment précis pour atteindre une pièce de 1 £ à un kilomètre de distance », ce que confirme le succès des tirs de janvier 2024 depuis un site d’essai des Hébrides.

Après une campagne d’essais d’une année à bord de la frégate Sachsen, la Bundesmarine bénéficiera elle aussi d’armes à énergie dirigée, Rheinmetall et MBDA ayant annoncé en début d’année la création prochaine d’une joint venture dédiée à leurs activités dans le domaine des lasers navals. Selon le communiqué, « la marine allemande doit recevoir un système d'armes laser opérationnel, [un système] particulièrement efficace pour contrer les drones et autres cibles très agiles à courte et très courte portée ». Seule différence par rapport à la version britannique, la version allemande peut atteindre une pièce de 1 €.

L’urgence à améliorer l’autodéfense des navires de la Marine nationale ne fait pas débat dans un environnement international de plus en plus incertain et face à une prolifération de drones toujours plus performants. Cette amélioration est portée par les « surmarches » du projet de loi de finances 2026 qui « vont nous permettre de retrouver cette couche [intermédiaire], qui doit faire diminuer le coût par interception et nous rendre plus efficaces ». Sans budget 2026, les frégates resteront vulnérables et le coût du lancement du moindre Aster sera reproché par les mêmes détracteurs.

Lointain successeur du « lanceur d’alerte » du début des années 2000, le capitaine de vaisseau Nicolas tente lui aussi de répondre à la question « Comment renforcer l’autodéfense des bâtiments de surface ? » dans une page d’actualité du 4 novembre 2023, mise à jour le 5 novembre 2024, les friands du jeux des sept différences seront comblés.

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