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DISCOURS DE JULIEN DECOIN, LAUREAT DU PRIX TABARLY.

Actualité générale de l'Alliance Navale

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17/06/2018

Prix Eric Tabarly
12 juin 2018


Ma première rencontre physique avec Eric Tabarly date de quelques années après sa disparition. Je précise physique parce qu’il est difficile de ne pas croiser d’abord son nom, sa réputation, son aura ou sa légende - il doit bien exister quelque part une statistique indiquant le nombre de courtes secondes que l’on peut passer sur un bateau, sur un ponton, sur une plage ou devant une simple photo de la mer, les quelques secondes donc qui s’égrènent avant que l’on entende, avant que l’on évoque ou que l’on invoque : Eric Tabarly. Et même si cette étude statistique n’existe pas, il ne servirait pas à grand-chose de la commander. J’imagine facilement la réponse…
Ma première rencontre physique avec lui donc, a lieu en Bretagne sud, en baie de Quiberon, Port Haliguen.
C’est la fin d’une journée de plaisance estivale, on rentre au port avec un petit voilier de location. On a fait le tour de Belle-île, j’ai vingt ans. Les pontons visiteurs sont remplis, aucune place pour nous. Jusqu’à ce que… Jusqu’à ce que le zodiac du port nous dise de nous mettre là.
Et là, c’est le ponton de Pen Duick V. Plein des autres Pen Duick ce jour-là. L’un son pont en teck, l’autre sa coque aluminium irisée, l’autre encore ses deux mats et sur tous, les numéros qui s’égrènent sur les tauds de grand voiles. Pen Duick, 2, 3, etc. Oui, c’est ça, le nombre de secondes qui séparent la mer de l’esprit de Tabarly.
Là, il n’y a donc aucune place de libre. Alors le zodiac insiste. « Là, à couple. Mettez-vous là, à couple de Pen Duick V. »
On nous donne, à nous, une bande de jeunes parisiens, le droit de nous accoupler aux Pen Duick, le droit de fouler leur pont de nos pieds amateurs et de rouler leurs taquets de nos bouts de location, le droit de frôler leurs glissières, leurs haubans, leur mat (leur barre, on n’a pas osé – quand même). Toucher du doigt leurs aventures, leurs victoires et leurs fiertés mais aussi leurs déconvenues et leurs absences. Leur Histoire.
En fait il ne s’agissait ni d’un droit, ni d’un privilège. C’est ce que j’ai compris ce soir-là et c’est peut-être ce qui, depuis, hante Soudain le large.
La mer n’est pas un sanctuaire, la mer n’est pas un temple, la mer n’appartient à personne. La mer est un pays de liberté, où l’on va où on veut. La mer est un pays d’égalité où toute coque se vaut. La mer est un pays de fraternité où on ne laisse jamais personne à la porte d’un port. Il doit toujours y avoir une place, même la meilleure, même la plus luxueuse, pour n’importe qui. La mer avance et ne s’arrête pas sur ses légendes ni sur ses principes. Les bateaux ne nous appartiennent pas, c’est nous qui leur appartenons pour quelques traversées, quelques courses, quelques saisons. Quelques rêves et surtout, oui, surtout, beaucoup de temps à nous attendre, à quai. Beaucoup trop…
Si je peux m’amarrer à Pen Duick, sans doute Charles peut-il rêver à être marin.
Ce soir, à nouveau, j’éprouve ce même sentiment. Un mélange de pudeur respectueuse et de fierté insolente.  S’amarrer à Pen Duick, à Tabarly, à la Marine, et à mes prestigieux prédécesseurs. Prestigieux marins et écrivains.
Comme Charles n’aurait sans doute jamais imaginé devenir marin, je n’aurais jamais imaginé que ce livre de jeunes civils échevelés aux bras cassés, parfois un peu irrespectueux, se trouve à cette place de port, ce soir.
La mer est bien le domaine de tous les possibles. Et il n’y a sans doute qu’une seule raison à cela : les marins. Des hommes et des femmes aux valeurs humaines et aventurières forgées par la Mer et quelques-unes de ses légendes. Eric Tabarly.
Continuons à lire, à naviguer et surtout à suivre, à coller, à croiser et à dépasser le sillage de nos sages éclaireurs. Pour que la mer continue d’avancer. Nous dessus.

Merci aux jurés, merci à leur président Patrice Franceschi, Merci Eric Dyèvre, Merci Amiral Prazuck, Amiral Lozier, Merci aux anciens élèves de l’Ecole Navale et merci donc, à la capitainerie de Port Haliguen et à Pen Duick V.

Julien Decoin

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